MON PETIT FRERE

Cruellemémoire
Qui parfois me ravage
Cruelle mémoire
Qui, à chacun de mes âges
Note toutes mes erreurs
Pour me les resservir
Un moment de détresse

Et moi,
Fragile comme un enfant
Je regarde le temps

Tendre mémoire
Qui dans son étrangeté
Montre à mes yeux fermés
Mes tendres souvenirs

Cruelle mémoire
Qui me rappelle enfin
Les pensées, les promesses
Que je n’ai pas tenues
Et qui me laisse coi
Plein de déconvenues

Je n’ai pas oublié
Mon frère
Ce fauteuil laissé
Complice de mes faux pas

Je n’ai pas oublié
Qu’à chacun de mes pas
Tu pouvais être là
Et quand, très fatigué
A terre je tombais
Ton bras prenait le mien
Me portant quelque temps
Permettant de souffler
Un court instant volé
A la vie si cruelle, et si belle à la fois

Quand parfois, épuisé
L’échine je courbais
Un regard de toi, un mot, une pensée
Toujours l’air de rien
Me réchauffait le cœur
Et tout repartait

Je voudrais qu’à ton tour
Même si tu le sais
Tu saches que moi aussi
Tout au long de ta vie
Mon bras je te tendrai
Si un jour le malheur
Ou le cruel destin
Te mettait à genou
Je voudrais en un mot
Te dire, mon frère
Que, quel que soit le temps
Sur moi tu peux compter
Car je n’ai pas oublié, petit frère
Ce fauteuil promis
Chaque jour je le regarde
Aujourd’hui, il est vide

Le temps, les autres, nous même, la vie
Nous ont éloigné

Je sais pourtant que ce n’est qu’un temps
Mais que ce temps est long
Sur ce chemin qui n’en finit pas de ne pas finir
Permets moi de te dire
Ces cinq mots bénits
Tu es mon Petit frère,
Le temps n’y pourra rien


Marcel Lozano 9 décembre 2000




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