Le Goeland
As tu vu le
vol du goéland
je le regarde
Figé dans le vent
Les ailes largement ouvertes
Comme un équilibriste
Il tangue de droite à gauche
Parfois scrutant le sol
Souvent le regard perdu vers l'océan.
As tu vu le vol du goéland
Je le vois ainsi
Suspendu entre ciel et terre
Lourd de son poids et léger comme l'air
Est-il triste ou bienheureux
Il semble chercher l'inaccessible
Près de lui je m'approche
De mon aile de voile
Je cherche à toucher ses ailes de plumes
Mon regard croise le sien
Nos deux destinées, un instant, se rapprochent
Son regard semble me dire
"c'est ici mon royaume
Vois, droit devant toi; la mer qui donne et reprend à la fois
Vois, sous toi; la terre fertile et aride à la fois
Vois, sur toi ; le soleil qui réchauffe et brûle,
parfois
Que viens tu faire là ?
Te parler. Te demander comment faire pour, comme toi
voler au gré des alizés
et ainsi, tout au long de l'année, me laisser
emporter
autour de ma terre bien aimée.
C'est facile, dit-il
j'écarte mes ailes et je sens le vent.
Et basculant d'un coup d'aile, il me quitte sans mot dire, sans maudire
je le vois s'éloigner
vers une autre destinée
Mais où vas-tu, oiseau
Tu es mon frère
je veux te ressembler
je veux avoir ta grâce et ta fragilité
D'une main hésitante, je tire ma poignée
Mon aile plie à son tour
et j'essaie de me rapprocher
de ce frère inespéré.
Il se retourne et me regarde encore
Ses yeux me disent
Tu es terre, je suis ciel
Jamais nous ne pourrons nous ressembler
Et de quelques coups d'ailes
s'éloigne, enfin, sans plus me regarder.
As-tu vu le vol du goéland
Semblable au rêve, il me transit
Comme l'acte d'amour
Il fige mes pensées.
Je voudrais tant l'imiter
Un jour, peut être
je serai goéland
et comme lui, et pour l'éternité
je volerai et volerai encore
Sans jamais me poser.
Marcel Lozano 24 janvier 2002