A temps tôt
Musaraigne,
Que ne savais-tu
Cherchant alors tes graines
Qu'un lointain descendant
Prendrait un jour le ciel
Comme terrain de jeu.
J'ai gommé mes souvenirs
Je ne sais qui je suis
L'hiver est passé
Et avec lui le froid glacé
Mars nous arrive
Allant vers le fructidor
Annonçant de longs vols
Et des repas frugaux
Comblant nos frustrations hivernales.
A presque nuit tombée
Je m'envole
Laissant au sol
Les contraintes humaines.
Au sol aussi
Une ombre fugace se dessine
Je m'en approche
C'est une biche
Difficilement visible
Dans ce moment entre chiens et loups.
Elle attend l'instant favorable
Pour se nourrir de jeunes pousses
Sans y laisser sa vie.
De haut, suspendu à mon garde-vie
Je l'observe un instant
Puis je m'éloigne
Me laissant emporter
Par une vague de vent
Qui semble me dire
Ne reste pas ici
Malgré toi, tu l'apeures.
Etrange instant
Où ma mémoire
Communie avec le passé
Et refuse le futur
Non ! je ne veux retourner à terre.
Et je bois à cette gourde de vue
Quelques gouttes de ce paradis si tôt perdu.
Marcel LOZANO 5 mars 2003